Éditorial: Arrogance et absurdité
La crise? Quelle crise? En tout cas, le mot n'a pas la même signification pour tout le monde.
jacques Hillion
Comme le montre le projecteur mensuel du Jeudi, les salaires sont en berne ou, pour être plus exact, ce sont les primes et autres avantages qui en prennent un coup, tandis que le chômage partiel et le chômage tout court sont en hausse au Luxembourg comme ailleurs.Et en plus, après que les États ont renflouéles banques, il faut éponger la dette publique, équilibrer les comptes pour retrouver lechemin de la sérénité économique.
Ce chemin, les banques l'ont retrouvé, à en croire la publication des bilans de 2009. Les bénéfices sont de retour. Huit milliards d'euros pour la première banque européenne, BNPParibas, 50 milliards pour les dix principales. Une belle performance pour une année derécession économique…
L'indécence tient moins dans les profitsen eux-mêmes que dans la manière donton peut supposer qu'ils ont été réalisés. Non seulement les banques ont plongé l'économie mondiale dans le marasme, mais elles se sont refait une santé grâce à la manne de l'argent public. En prêtant notamment à des tauxsupérieurs, l'argent injecté par les Banques centrales pour éviter les faillites en cascadeet une crise dont l'ampleur aurait pu être pire. Selon certains économistes, 80% de leursprofits pourraient avoir été réalisés grâceà ce mécanisme.
Si l'injection de milliards par les Banquescentrales européenne et américaine fut indispensable, la nécessité d'une réponse politique qui aille plus loin que les simples discours se fait de plus en plus urgente. Les banques ne peuvent plus agir en toute impunité. Unerégulation financière stricte s'impose, comme le fait qu'elles doivent rendre des comptes à ces mêmes gouvernements qui leur ont sauvé la mise. Car la situation actuelle confine àl'absurde. L'affaire de la Goldman Sachs et de la Grèce est le dernier exemple en date des dégâts que l'absence de régulation du monde de la finance peut provoquer. La plus grande banque mondiale qui a profité de l'argent des contribuables américains ne s'est pas gênée pour spéculer contre la Grèce tout en sefaisant rémunérer pour ses conseils, contre l'euro. L'arrogance paye. Goldman Sachs arenoué avec les profits en 2009. Quant à la Grèce, elle est, ce mercredi, paralysée par une grève générale organisée par les syndicats pour protester contre la cure de rigueurimposée par le gouvernement. Une manièrede dire que l'on ne peut pas toujours faire payer aux mêmes les pots cassés. Il en vade la paix sociale.
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