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Éditorial: Mais qui donc est censé diriger l'Europe?

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Cela a l'air d'un camouflet: Barack Obama ne viendra pas au sommet Union européenne-États-Unis prévu en mai en apothéose de la présidence espagnole de l'UE. Le président américain a, paraît-il, d'autres chats à fouetter.(Danièle Fonck )

Visiblement, pour Washington, la «vieille Europe», comme disait avec dédain un certain Rumsfeld, n'est plus une priorité américaine. L'avenir se joue ailleurs.
On s'en doutait. Obama n'avait-il pas brillé par son absence à Berlin, aux commémorations autour de la chute du Mur? Oubliant par là que c'était en Europe qu'avait ainsi été donné lesignal de la mondialisation et du triomphe du capitalisme libéré du communisme.
Or, quelles que soient les raisons américaines de cette désertion, il y en a une, en Europe même, qui a dû susciter maint hochement de tête sarcastique outre-Atlantique, où l'on commence sérieusement à se demander quel serait l'interlocuteur du président américain, s'il daignait se déplacer.
Une des mesures phares du traité de Lisbonne aurait dû justement répondre à cette question. Parmi ceux qui l'ont approuvé, malgré de grandes réserves, ils étaient nombreux à se dire, naïvement sans doute, que l'Union entrerait dans une nouvelle phase en exhibant enfin une visibilité internationale plus efficace que la présidence tournante changeant tous les six mois. L'Union allait, nous a-t-on fait croire, avoir un vrai président ainsi qu'un vrai «chargé des Affaires étrangères» discutant d'égal à égal avec les grands de ce monde.
C'était sans compter sur l'ego des dirigeants des pays les plus puissants de l'Union, pourqui être l'interlocuteur direct du président américain reste une question de principe.La suite, on la connaît. Dans les «grandes»capitales européennes, on a tout fait pour que cette nouvelle fonction de l'Union soit aussi faible que possible.
Du coup, alors que jusqu'ici on se demandait qui de la Commission de Bruxelles ou duprésident tournant gérait effectivement lesaffaires communes, avec l'instauration d'un président permanent du Conseil de l'UE, une troisième tête est venue se greffer sur ce corps bicéphale.
Barack Obama, s'il avait décidé de participer au sommet UE-USA, aurait donc eu trois voire quatre visages en face de lui: le Premier ministre espagnol Zapatero, président tournant du Conseil, Barroso, le président de la Commission, Van Rompuy, le flambant neuf président permanent du Conseil, et, dans son ombre, Ashton, la chargée des Affaires extérieures de l'Union.
Résultat des courses: vexé, Zapatero a préféré annuler la rencontre. Et, pendant que les États-Unis et la Chine se partagent le monde, l'Union européenne, minée par son imbroglio institutionnel, se tourne les pouces. 

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