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Editorial: Stigmatisation

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Le débat français sur la burqa, le voile intégral, dépasse largement les seules frontières de l'Hexagone(Jacques Hillion )


La France, par rapport aux religions, a une position bien spécifique. La loi sur la séparation des Églises et de l'État – stricte sur le plan législatif et beaucoup moins dans la pratique –, en fait une exception européenne. Tout comme la loi de 2004 sur les signes religieux ostentatoires dans les écoles publiques avait clos un long débat dont son intitulé ne rend pas compte puisqu'il concernait avant tout le port du voile ou du foulard islamique qui, entre nous et pour ce dernier, ressemble beaucoup au fichu de nos grand-mères.
Le rapport de la mission d'information sur la pratique du port du voile intégral remis mardi dernier, préconise une résolution suivie par une interdiction législative de son port dans les services publics. Et subit de ce fait la vindicte d'une majorité de députés de l'UMP qui propose d'étendre l'interdiction à l'ensemble de l'espace public. Dans le cadre du débat, lui aussi français, sur l'identité nationale, voulu par le gouvernement et peu relayé dans la population si ce n'est à travers des propos xénophobes et islamophobes, la fronde des députés montre toute la difficulté que la France et nombre de pays européens éprouvent à intégrer leur population musulmane.
Le port de la burqa est horrible. Parce qu'il interdit toute interaction sociale et parce qu'il remet en cause l'identité même de la femme. Même voilé dans un cheminement individuel de rapprochement avec Dieu, son port est inadmissible quand on est possesseur et défenseur de la culture des droits de l'Homme et de son universalité.
Cela dit, le discours des abolitionnistes reste inquiétant. Parce que sa pratique est très minoritaire. Elle ne concernerait en France que 1.900 femmes. Des femmes qui sont plus des victimes que des coupables. Mais aussi parce qu'une telle loi tendrait à radicaliser les positions au sein des communautés musulmanes. Une loi a toujours des effets pervers surtout en matière sociétale et n'a jamais réussi à éradiquer une pratique. L'avortement en est un exemple. Bien qu'interdit par les religions, les faiseuses d'anges ont toujours existé.
Le propre de la démocratie n'est pas d'opposer une culture, religieuse ou non, à une autre, de renforcer les sectarismes religieux et les fractures identitaires. Son but est de rassembler en respectant les différences et les croyances.
Le combat laïc ne s'est pas renforcé en s'attaquant au clergé mais en repoussant le religieux dans la sphère privée et intime. La désertion des églises et les libertés prises par les croyants face aux interdits de l'Église en sont la preuve. L'Islam n'échappera pas à cette règle. D'ailleurs la majorité des musulmans d'Europe l'accepte. C'est un fait que seule la stigmatisation peut malheureusement remettre en cause. 

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