Éditorial: Cercle vicieux
Les festivités pour le 750e anniversaire dela ville de Diekirch ont d'ores et déjà du plomb dans l'aile.(Jacques Hillion )
La fermeture annoncée dela Brasserie de Diekirch – la dernière bièresera brassée fin septembre – laisse en effetun arrière-goût amer. C'est, une nouvelle fois,un des fleurons luxembourgeois, un pan de la culture industrielle nationale qui disparaît et laisse la place au désarroi.
Les diverses réactions le montrent bien. Que ce soit à travers la manifestation qui a rassemblé quelque 1.800 personnes, les réseaux sociaux avec la constitution de groupes du genre «Diekirch bleif zu Dikrech» ou «Ech drenken keen belschen "Diekricher Béier"» ou même la prise de position du bourgmestre, elles sont avant tout émotionnelles.
L'émotion est d'autant plus vive que la fermeture de ce symbole s'accompagne de la mise au chômage de 63 employés de la brasserie.
L'incompréhension est largement partagée puisque la brasserie réalise des profits. Il ne sert à rien de jouer à l'autruche. Le rachat dela brasserie en 2002 par InterBrew, devenu depuis lors AB InBev, laissait planer l'ombre d'une épée de Damoclès qui a fini par tomber.
Rationalisation, mondialisation… peu importent les mots utilisés. La logique du profit financier à court terme a une nouvelle fois emporté la mise, laissant tout le monde coi.
De fait, les discours sur la moralisation du monde de l'économie, nés de la crise, ressemblent plus à des déclarations de bonnesintentions qui soulignent l'impuissance despolitiques face aux décideurs économiques.À croire qu'il est impossible de se débarrasser de la gangue néolibérale malgré les méfaits connus et reconnus qu'elle entraîne.
Il appartient pourtant à tout un chacun dese mettre au clair par rapport à ce genre desituation. Si le Grand-Duché pleure la disparition d'une de ses entreprises qui symbolisait l'un de ses savoir-faire ancestraux, c'est le même Grand-Duché qui a pu exprimer sa fierté face au rachat par un fonds luxembourgeois de l'écurie Renault de Formule 1 ou face à sa volonté affichée d'acquérir le constructeurautomobile suédois Saab.
Désarroi d'un côté, fierté de l'autre, la mondialisation ne fonctionne pas à sens unique. On ne déshabille pas Paul pour habiller Pierre. C'est pourtant ce qui se passe.
On ne jettera pas la pierre à nos ministres qui jouent les commerciaux de luxe ou qui projettent de baisser l'impôt sur les sociétés pour attirer des entreprises. C'est de bon aloi dans le monde tel qu'il est, mais il est difficile d'imaginer que la venue de ces entreprises ne se fasse pas aux dépens d'autres régions, d'autres pays.
Tout cela ressemble à un cercle vicieux qui laisse de beaux jours au néolibéralisme et peu de marge de manœuvre à nos politiques.
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