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Tourner rond

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Jacques Hillion

Alors que quelque cent vingt chefs d'État et de gouvernement s'apprêtent à clore le sommet de Copenhague, les mises en garde contre un échec de la conférence de l'ONU se multiplient, tant les négociations semblent bloquées. Certes, il ne s'agit pas de vendre la peau de l'ours polaire avant que le réchauffement climatique l'ait fait disparaître mais l'objectif de limiter la hausse de la température moyenne mondiale de deux degrés fait pâle figure.

Face notamment au blocage des deux plus grands pollueurs de la planète que sont les États-Unis et la Chine qui n'ont pas l'intention de revoir leurs objectifs en terme d'émissions de gaz à effet de serre. Mais aussi face au cynisme qui entoure les querelles entre pays riches et en voie de développement, les premiers se faisant tirer l'oreille pour aider financièrement les seconds.

Le sommet de Copenhague pourrait-il pour autant se contenter d'un accord au rabais?
Il y a pourtant urgence. Avec déjà, d'après l'ONU, plus de vingt millions de réfugiés climatiques, soit quatre fois plus que les personnes déplacées à cause de conflits, et 250 millions prévues dans quarante ans, il est impossible de rester les bras croisés.

C'est en l'occurrence ce que fait la société civile, tout au moins celle qui s'est invitée dans la capitale danoise. Dans un joyeux charivari d'idées, de propositions et de manifestations, qui rassemble aussi bien écologistes et altermondialistes que Monsieur et Madame Tout-le-monde, elle tente de se faire entendre des délégations officielles, d'orienter les négociations vers plus de bon sens. Avec une certitude en profession de foi: il faut mettre fin aux excès du productivisme gaspilleur et du capitalisme financier. Il n'en va pas seulement de la protection du climat. Copenhague dépasse largement ce cadre puisque les conséquences du réchauffement sont aussi source de crises économiques, alimentaires et sociales.

En fait, toute cette société civile, ces ONG rassemblées au Danemark ne cessent de clamer qu'un autre monde est possible. Il l'est d'autant plus que leur lobbying porte ses fruits. Ironie de l'histoire: alors que cela fait maintenant dix ans que les altermondialistes réclament une taxe Tobin, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont annoncé, peu après l'ouverture du sommet de Copenhague, leur volonté d'imposer les transactions financières.D'improbable, l'idée s'est finalement imposée. Il n'est peut-être pas si utopiste de penser que le monde pourrait effectivement tourner un peu plus rond qu'il ne le fait actuellement.

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