La nécessaire éducation
Face à la multitude de médias qui s'immiscent dans notre quotidien, les députés demandent une éducation ciblée sur leur utilisation et les dangers qui y sont liés.(Larence Harf)
Le dernier rapport de l'Ombuds-Comité fir d'Rechter vum Kand (ORK) consacre un large chapitre à l'«enfant face aux nouvelles technologies de communication». Une vingtaine de pages qui rappellent qu'au Luxembourg, le GSM et l'ordinateur portable se retrouvent désormais sur les listes de première communions et entrent dans le quotidien des enfants de plus en plus tôt. Quand ce n'est pas la télévision qui trône sur la table de chevet. «Les jeunes sont on-line 24h/24», estime l'ORK.
Le rapport est surtout l'occasion de parler des dangers liés à l'utilisation de ces nouveaux médias. Les images de violence ou de pornographie qui y circulent, mais aussi les usages criminels perpétrés entre jeunes, comme la diffusion d'images humiliantes (enfants filmés aux toilettes, montages photo) définies comme du harcèlement moral (Cyberbulling).
Ne sont oubliés ni le contrôle excessif des parents via le GSM, ni les risques d'addiction aux jeux en ligne, ni la protection de la vie privée dans les forums de discussion, ni les dangers de la vente en ligne.
Pour lutter contre la pédophilie en ligne – 12.000 à 20.000 pages de pédophile figureraient sur la toile – l'ORK recommande aux pouvoirs publics de doter la police judiciaire de moyens légaux et techniques et humains nécessaires. Plus largement, le Comité appelle à éduquer les enfants «à explorer le web de manière responsable. Ne les abandonnons pas dans ce monde passionnant, mais bourré de travers!». L'appel s'adresse aux parents, mais aussi à l'Éducation nationale.
Dans le cadre d'un débat d'orientation sur le rapport de l'ORK et d'une heure d'actualité dédiée à l'éducation aux médias, la ministre de l'Éducation nationale s'est elle aussi exprimée pour «une utilisation responsable de ces médias qui sont un clé pour le monde».
Pas qu'à l'école
Un clé qu'il faut apprendre à manier, au-delà de la connaissance technique, ont dit de concert les orateurs, tous bords confondus. «Il faut savoir comment sont produits ces médias, qu'ils peuvent avoir une influence sur soi, ne pas se laisser manipuler» résume la ministre Maddy Delvaux.
Il convient aussi de réussir à gérer les flux d'informations qui arrivent par tant de canaux différents, hiérarchiser, trier, faire le lien, dissocier le monde réel et le monde virtuel.
Oui mais quand, où et comment créer cette compétence? «À l'école», bien sûr, si possible dès le plus jeune âge. La bonne utilisation et compréhension des médias est déjà présente dans les curriculums de l'enseignement fondamental, de façon transversale dans toutes les matières. Et le sera bientôt dans les lycées.
«Des initiatives, parfois très bonnes, existent dans l'enseignement secondaire» concède Claude Adam (Déi Gréng) mais elles manquent de coordination. D'où l'idée de regrouper sur une homepage commune, par exemple, les projets Internet les plus aboutis et de se baser sur le personnel déjà qualifié pour définir les compétences de base en matière de médias et sensibiliser le personnel. André Hoffmann (Déi Lénk) imaginerait volontiers un cours de «philosophie pratique» remplaçant les cours de religion ou de «morale».
Eugène Berger (DP) se souvient de sa scolarité et des lectures comparées de quotidiens de bords politiques opposés. «La compréhension des médias est une compétence de base au même titre que lire, écrire ou compter» et les médias «un outil de travail comme un autre à employer dans les différentes matières».
Mais l'école n'est pas tout, les crèches, les maisons relais, les maisons de jeunes, voire «ces formateurs informels que sont les scouts ou les clubs de sport, par exemple» ou les bibliothèques pour Mill Majerus (CSV) doivent collaborer. Sans oublier les parents. «Toutes les générations doivent être impliquées».
Pour toucher les moins jeunes, il faut des campagnes de sensibilisation, des soirées d'information, des brochures et «pourquoi même ne pas s'appuyer sur les pédiatres», se demande Claudia Dall'Agnol (LSAP).
Sans oublier qu'un des enjeux du débat est l'accès aux médias pour tous.
La discussion sera poursuivie au sein de la commission parlementaire de l'Éducation nationale.
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