Adieu croissance, bonjour prospérité!
Verte ou pas, la croissance échauffe le climat et les esprits...
Si le réchauffement n'est pas contestable, les lois économiques le sont davantage. Climatologue italien, membre du Conseil national de la recherche italienne, Gianpierro Marachi ne s'attarde pas sur la véracité du réchauffement.
Le climatologue rappelle que le niveau de durabilité de la planète a été dépassé depuis le milieu des années 80. Or, ce luxe n'a pas fait mieux fonctionner l'économie pour autant. La pauvreté a grandi dans les pays du Sud mais aussi dans les pays industrialisés où elle est concentrée dans les villes.
Le système économique repose sur l'épargne des ménages, poursuit-il. Or, celle-ci n'a fait que baisser depuis le milieu des années 80, simultanément avec un endettement croissant des États pour, au final, produire la crise financière.
Il y a plus de pays développés - abritant des inégalités renforcées - mais les valeurs éthiques se sont affaiblies, études à l'appui. «Nous faisons face à une crise morale, et cela aussi nous devons en parler.»
La planète s'en trouve d'autant moins durable, dit-il, que malgré cela, la consommation énergétique a doublé entre les années 1980 et 2020. De telle sorte qu'au même rythme, en 2020, 40% des émissions de CO2 seraient imputables au transport.
Épanouissant
Économiste, conseiller en développement durable pour le gouvernement britannique, Tim Jackson constate l'incapacité du modèle économique actuel, fondé sur la croissance, à relever le défi climatique.
En effet, il faudrait d'ici 2050 multiplier par 130 l'efficience du carbone, évaluée en 2007 à 768 grammes de CO2 par dollar, pour protéger le climat. En 2100, l'économie devrait même ôter du carbone de l'atmosphère. Ainsi faut-il rompre avec une «économie à crédit» qui «fabrique des instruments toujours plus compliqués pour obtenir la croissance».
Tim Jackson prône la mise en place de limites à l'usage des ressources, à la biodiversité et à l'économie, la réparation de l'économie en termes d'équité sociale – car elle ne peut pas nourrir neuf milliards de personnes en 2050 –, et enfin le changement de la logique sociale de consommation.
Le modèle de la décroissance n'est pas assez stable. Mais une transition reste possible. Il s'agit de rompre avec les dynamiques économique et sociale qui poussent à la croissance. Donc avec d'une part une économie «aux flux d'investissements toujours plus importants, qui opèrent une destruction créative pour répondre aux besoins de nouveaux processus». Et de l'autre la dynamique sociale, qui implique «une production continuelle de nouveautés et un appétit pour la consommation de ces dernières».
L'issue est de se concentrer sur un dosage entre technologies vertes et services aux personnes, non matériels. Ce genre d'investissements ralentirait peu à peu l'économie et renforcerait le rôle de l'État.
L'épanouissement humain, non plus le profit, serait le but de l'économie. «C'est le rôle légitime du gouvernement de protéger les biens sociaux et écologiques», rappelle Tim Jackson. Des espaces publics et sociaux cultiveraient une nouvelle citoyenneté. Il y a une «responsabilité de chaque citoyen à contribuer à la société et à la qualité des discussions», ajoute le Britannique.
Un pays peut agir seul par l'investissement dans les infrastructures publiques, le soutien d'initiatives locales, la mise en place d'une fiscalité verte, mais une discussion mondiale est inévitable pour remettre en cause la concurrence.
«On a connu le socialisme et le capitalisme qui ont changé l'histoire. Nous devons regarder devant vers un nouveau système», résume Gianpierro Maracchi.
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