«L'affaire de toute l'entreprise»
Éradiquer le stress est un combat politique.
Michel Tragno, docteur en psychologie de la santé, du travail et des organisations, œuvre à la prévention des risques psycho-sociaux en entreprise. Son cabinet est situé à Metz. En tant que responsable de la psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers de Lorraine, il forme également des psychologues du travail au Grand-Duché à travers de formation continue de la Chambre des salariés.
Actif depuis dix ans, il dénonce un certain «effet de mode» dans l'éclosion de cabinets concurrents qui n'ont pas son bagage et ne font que brouiller le message qu'il juge pertinent.
Pour Michel Tragno, il y a trois types de facteurs liés au stress. Aucun n'est à négliger sous peine de ne faire que dans la «symptomatologie». Ces facteurs sont organisationnels, individuels et environnementaux. Pour lui la véritable approche de la souffrance au travail est encore taboue.
Lorsqu'une entreprise fait appel à ses compétences pour une question de gestion de conflit, de stress, ou de changement, elle peut avoir des surprises. En effet, Michel Tragno remet alors à plat l'organisation et questionne le sens du travail pour un individu. Pour tous, quelle que soit la fonction occupée dans l'entreprise. L'approche doit être collective puisque c'est bien le recul du collectif face à l'individu qui serait au centre de la problématique. «Se rappelle-t-on d'une telle ampleur de stress, de suicides et de burnout parmi les mineurs dont le travail était bien autrement pénible?, interroge-t-il. Non, car la solidarité compensait la pénibilité bien plus importante de leur tâche».
Entre-temps, l'augmentation de la productivité, l'internationalisation du commerce, la recherche de rentabilité ou encore l'organisation de la production à flux tendu, ont fait leur œuvre.
«Nous sommes des singletons»
«Aujourd'hui, nous sommes des singletons dans l'entreprise». «On a individualisé chaque employé, avec ses problèmes personnels.»
Or, il faut repenser à l'organisation, «Le stress n'est pas l'affaire de l'individu mais de toute l'entreprise.» Le psychologue rappelle qu'«on ne va pas au travail que pour gagner sa croûte.»
Dans la situation donnée, il préconise un travail réflexif des employés sur leur activité mais d'un point de vue collectif, puisque là est la lacune. «Repenser des groupes de parole» où on peut évoquer les manières positives et négatives de faire son travail. Alors que les coachs font dans l'approche individuelle.
«Les sciences humaines n'ont pas de recettes toutes faites», souligne-t-il. Mais les certitudes concernant la charge de travail ou le télétravail comme sources de stress, devraient justifier l'action. «Bien sûr, la crise va renforcer la souffrance au travail. Mais elle a bon dos» quand on lui impute cette souffrance. Elle est à placer dans les facteurs environnementaux. Rien de plus. L'Organisation mondiale de la Santé, les Conseils économiques et sociaux, ont pris conscience du problème. Mais il manque «une réelle volonté politique, économique et sociale» pour éradiquer le problème. «Il faut faire bouger la société», préconise le psychologue. Il faut une véritable prise de conscience, qui passe d'abord par une évaluation des pratiques existantes. Il faut revoir la prise en charge des salariés, notamment à son retour au travail.
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