«Le problème énergétique va continuer à se développer»
Le président de l'OAI nous parle de son métier et de l'habitat au Luxembourg.(Propos recueillis par Olivier Tasch)
Comment définissez-vous votre rôle d'architecte?
Bob Strotz: «L'architecte est le fédérateur des multiples intérêts, l'homme de synthèse. La panoplie des projets que l'on peut faire est extrêmement vaste. Cela commence par l'urbanisme, la vision d'ensemble d'une ville, l'aménagement du territoire, de notre environnement, puis se concentre sur les différents districts, les logements jusque dans les détails à l'intérieur d'une maison.»
Comment définissez-vous l'habitat?
B. S.: «Selon moi, il faut réfléchir au paysage, ne pas envisager une maison pour elle-même, mais voir comment elle se retrouve dans un ensemble. Aujourd'hui, la maison classique du Luxembourgeois, c'est trois chambres, deux salles de bains, un bureau et un garage pour deux voitures. C'est un peu le standard, du moins ce qui se vend le mieux. Mais on doit aussi désormais s'interroger sur les structures familiales classiques. Il y a peut-être moins de femmes qui ont deux enfants, il y a les célibataires ou les familles recomposées où, en fin de compte, il y a cinq enfants à la maison. Pour eux, la maison standard n'est plus du tout adaptée.»
Comment envisagez-vous la relation avec les clients?
B. S.: «L'architecte doit en fait d'abord être un conseiller pour son client. Dans le cadre de l'ordre des Architectes et Ingénieurs nous sommes tous des indépendants. C'est un aspect essentiel, nous sommes ceux qui donnent des conseils en toute indépendance sur les différents projets. Le grand avantage de ce système est que nous ne sommes en rien liés à un quelconque constructeur qui veut vendre un produit, et l'on peut donc gérer cela de manière affranchie et proposer ce qui est le plus approprié.»
Quelles sont les difficultés rencontrées lors de la conception d'un logement?
B. S.: «Lorsqu'on demande au client quel est son projet de rêve, c'est toujours difficile à envisager si l'on ne sait pas où il va être construit et avec quel budget. Ce n'est en fait qu'en fonction des quatre facteurs – budget, temps, terrain et programme – que l'on peut alors développer le concept avec le client. On doit sentir le besoin du client et faire en fonction des réglementations.
Psychologie et pédagogie
Cela commence donc aussi par une grande part de psychologie et de pédagogie pour pouvoir percevoir l'intention des gens. J'aime beaucoup écouter mes clients comprendre leurs attentes. Le projet peut parfois se renverser, quelqu'un vient avec une maison ronde et au final, après beaucoup de discussions, on aboutit à un grand rectangle… Les clients pensent souvent aux détails mais ne pensent pas au concept global, ils réfléchissent au balcon, à la chambre, à la cuisine… En tant qu'architecte il faut concevoir l'ensemble, et là on se rend souvent compte qu'en réalité le désir, s'il est imaginable, n'est pas toujours possible. Il faut, par exemple, réussir à faire comprendre que la pièce qui relie les espaces est au moins aussi importante que les pièces principales. Enfin, dans l'architecture il y a non seulement la fonctionnalité mais aussi la responsabilité envers l'extérieur, celui qui passe dans la rue verra la maison. D'ailleurs, pour moi les meilleures œuvres sont celles qu'on ne remarque pas, qui s'imbriquent dans un cadre, qui vont de soi. C'est là qu'on peut parler d'une œuvre réussie sans avoir besoin de faire appel aux dernières tendances».
La maison unifamiliale reste donc la norme malgré les problèmes d'espace?
B. S.: «Pour l'instant oui. En tant qu'architecte je suis malgré tout étonné, car on pourrait croire que les jeunes générations auraient une autre vision de l'habitat. Mais force est de constater que parfois, les jeunes sont plus régressifs que leurs parents.»
C'est-à-dire?
B. S.: «Ils veulent vivre de manière encore plus traditionnelle que leurs parents. C'est assez affolant, ils veulent une grande maison dans la nature avec un grand terrain, avec toutes les commodités sur un seul étage. Ce sont des conceptions qui ne correspondent en rien à ce que devrait être la tendance normale. Il faut encore expliquer aux jeunes que l'on ne peut plus se permettre cette manière de vivre. Aujourd'hui, le terrain détermine plus le prix que la maison qui va se trouver dessus.»
Pourquoi l'habitat est-il si cher en comparaison avec nos voisins?
B. S.: «Dans la culture de la construction du Luxembourgeois, il y a toujours eu l'idée qu'il faut que ça dure pour toujours. On pense aux enfants, aux petits enfants… Mais je dis toujours aux gens que ce n'est plus possible. Rien que le problème énergétique qui va continuer à se développer fait que nous devrons toujours au moins passer par des travaux d'isolation. Il y a par ailleurs une proposition de directive européenne, qui veut qu'à partir de 2018, tous les nouveaux bâtiments administratifs et à partir de 2020, toutes les nouvelles maisons soit zéro énergie, c'est à dire que la consommation d'énergie primaire soit proche de zéro.
Dans le prix il n'y a toutefois pas que l'énergie, il ne faut pas négliger la qualité. Ça ne sert à rien d'avoir une maison "zéro énergie" qui s'écroule…. C'est dans ce sens que va le carnet de l'habitat. (ndlr: évaluation du point de vue santé, sécurité, énergie, technique et aspects sociaux).»
La tendance est donc à l'écologie?
B. S.: «Il faut construire plus petit et plus dense, d'abord. Mais oui c'est clairement l'aspect écologique qui est LA nouvelle tendance. Avant, les gens ne s'en préoccupait guère, aujourd'hui c'est presque une évidence. Et si l'ont veut construire écologique, la manière de vivre change elle aussi. On ne peut pas continuer à construire des maisons comme dans les années soixante, mettre plus d'isolant et décréter que c'est écolo.
L'orientation de la maison est, par exemple, extrêmement importante ou encore l'optimisation de la surface, maximale à l'intérieur et minimale à l'extérieur. Cela entraîne aussi des changements au niveau psychologique. Pour certains projets, l'installation est telle qu'il n'y a plus besoin de chauffage. C'est compliqué à comprendre pour quelqu'un qui en a toujours eu un... Mais au final le gain est réel, j'ai un client qui vit dans une maison passive, il me dit qu'il n'a plus mal au dos, ni à la tête. Il a une autre sensation de vivre, sa qualité de vie est bien meilleure.»
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