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Quand le commerce mondial tue

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De l'or! Trente-quatre tonnes, au premier coup d'œil. Ça dépasse le milliard de dollars. Le projet, baptisé «El Dorado», couvre la région de San Isidro, une petite localité située dans le département de Cabañas, au Salvador. Rêve? Non, réalité cauchemardesque. David Broman

Tout commence en 2002, lorsque le gouvernement néolibéral du Salvador invite la firme canadienne Pacific Rim à faire de la prospection, avec à la clé des promesses de lui livrer le territoire pour y développer des sites d'extraction.

Ayant découvert un véritable trésor, Pacific Rim multiplie les opérations de séduction classiques: corruption d'élus et d'administrations publiques, et promesses «colonialisantes» en tout genre: priorité au bien-être des habitants locaux, entier respect de l'environnement... Au fil du temps, toutefois, les habitants commencent à percevoir l'autre face, celle de l'arrogance du commerce mondial. Par exemple, les forages, entrepris souvent sans prévenir les propriétaires, percent des nappes phréatiques, privant des localités d'eau potable...

La société civile jette alors un coup d'œil sur l'étude d'impact sur l'environnement soumise par Pacific Rim. Malgré l'utilisation certaine de cyanure nécessaire pour exploiter les minerais, il y est dit que les activités minières n'auront aucun impact sérieux sur l'environnement – bien au contraire. Très vite, la société civile salvadorienne se rend compte du désastre humain et écologique qui guette ce petit pays. Elle se lance alors dans de grandes campagnes d'information auprès de la population, et parvient à susciter, malgré la corruption des pouvoirs publics locaux, un vaste mouvement de rejet du projet – même les plus hautes autorités religieuses se prononcent contre. Au point que les gouvernements successifs «décident de ne pas décider» d'octroyer les autorisations.

«Pas viable»

Une coalition se construit (la Table ronde nationale contre les activités minières de métaux, Mesa, en espagnol) autour d'un projet de loi interdisant purement et simplement toute activité minière de métaux dans le pays.

Gustavo Marcelo Rivera Moreno, un des dirigeants locaux du mouvement de refus, sera le premier à payer de sa vie: enlevé le 18 juin 2009, son corps, torturé, est retrouvé trois semaines plus tard au fond d'un puits. Un mois plus tard, Ramiro Rivera Gómez, aussi virulent défenseur de l'environnement, survit à huit balles dans le dos – mais est «définitivement» abattu le 20 décembre. Entre-temps, José Santos Ramírez se fait agresser à coups de machette par un ancien ami, qui lui coupe des doigts. Enfin, le 26 décembre dernier, son épouse, Dora Alicia Sorto Ramírez, enceinte de huit mois, est abattue avec son fils de deux ans dans les bras.

Il est clair que, s'il y avait eu autant de morts dans les rangs des employés de Pacific Rim, on aurait parlé de terrorisme, effectué de nombreuses arrestations et rapidement jugé et condamné les coupables. Dans ce cas-ci, l'impunité est de rigueur.

«Quand ils ont compris qu'ils n'auraient pas la terre si facilement, les assassinats ont commencé.» Pour Bernardo Belloso, membre de l'Association pour le développement du Salvador (CRIPDES) et de la Table ronde, il ne fait aucun doute que Pacific Rim est derrière ces assassinats. «La justice n'existe pas vraiment au Salvador, ou plutôt elle n'existe qu'en faveur des gens qui ont l'argent. Tant que les représentants de Pacific Rim pouvaient travailler tranquillement avec les autorités publiques, tout était calme; la répression, l'insécurité et la violence ne sont apparues qu'avec le développement du mouvement de résistance.»

Et Bernardo Belloso d'insister sur les motifs menant la Table ronde à revendiquer une loi interdisant toute activité minière: «Les projets de développement minier ne sont pas viables. L'ensemble des projets miniers couvre 3.000 km2 alors que le territoire du pays n'en fait que 20.000.

Contrairement à certains grands "voisins" où existent de tels projets, le Salvador a une très forte densité de population, près de 350 habitants au kilomètre carré. Aussi, la plupart des projets se situent dans le Nord du pays, là où se trouvent justement les sources de la plupart de nos cours d'eau – comme la rivière principale du Salvador, la Lempa, qui subit déjà une lourde pollution et qui sera certainement davantage contaminée. L'eau représente un enjeu primordial. Elle sera prioritairement utilisée pour les mines, lésant les petits agriculteurs.

Avec le développement des mines, il y aura beaucoup de contamination des nappes phréatiques et, comme l'on devra creuser à plus de 500 m de profondeur, beaucoup d'entre elles vont disparaître. Les principales forêts se situent là aussi; on risque, étant donné que la majorité des mines seront à ciel ouvert, de voir disparaître les poumons du pays. Et même pour les mines couvertes, il faudra bien déposer les déblais quelque part.»

Et de résumer la situation: «Nous savons que nous risquons notre vie, mais nous ne pouvons pas céder à la peur. J'estime que la source de tous nos problèmes réside dans les accords de libre-échange que l'État a signés avec les États-Unis en 2001, des accords qui donnent des privilèges à de petites minorités et qui marginalisent la majorité de la population. Il n'y a pas que les mines non plus, il y a d'autres mégaprojets, comme la construction de barrages et d'autoroutes. Notre objectif est d'arriver à une révision en profondeur de ces accords.»

Sur base des accords, Pacific Rim réclame plus 77 millions de dollars au Salvador. Et les Européens, que peuvent-ils faire? «Plusieurs États de l'Union européenne sont actuellement en train de négocier de tels accords non démocratiques. Les peuples européens devraient insister pour que les accords signés respectent les choix démocratiques des peuples.»
«Que vos lecteurs sachent que nous sommes encore fort affectés par douze années de guerre civile. Il est important pour nous de savoir que des gens à travers le monde s'intéressent à nous et nous soutiennent. Nous devrions organiser des échanges entre mouvements de résistance. Il faut internationaliser la solidarité.»


*Voir aussi le commentaire en page 3. Nous remercions Jan Morrill, de l'organisation «US-El Salvador - Sister Cities», tant pour les informations qu'elle nous a fournies que pour son aide «linguistique» dans l'entretien avec M. Belloso.
elsalvadorsolidarity.org, www.cripdes.net/

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Krack M sur 14/01/2010 03:48:03
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La surface indiqueé me semble un peu petite avec 20 000 m2 pour tout le territoir
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David Broman sur 17/01/2010 21:20:58
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Bien vu! Ce sont des km2 -- on va corriger ça!
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