TENDANCE ÉCOLOGIQUE / Portrait d'une révolutionnaire
Née en 1942 à Bruxelles, élevée dans le traditionnel bain de conformisme et de religion petit-bourgeois, éveillée par paliers à un mode de vie basé sur la générosité, l'accueil aimant, le respect de la vie et le refus de toute autorité. Portrait d'Éléonore Visart. / David Broman
Elle me donne envie de parler de moi. Les interventions signées «Éléonore Visart» sur le forum d'un site de défense de l'environnement indiquaient avec persistance qu'il s'agit d'une personne qui non seulement sait de quoi elle parle, mais surtout d'une citoyenne qui vit pleinement les grands principes que d'aucuns, comme moi, se contentent d'énoncer. Il ne s'agit toutefois pas de moi, ici.
Éléonore Visart, qui avait quitté l'école à 17 ans pour se marier, a aujourd'hui soixante-sept ans, six enfants, un mari et un ex-mari qui l'aiment. Elle s'est «réveillée» en 1972. «Je sais, dit-elle comme en s'excusant. Tous ces enfants s'ajoutent à la surpopulation de la planète... Mais à l'époque je n'avais pas conscience.»
Littéralement envahie d'un violent vertige mental lors d'une fête d'entreprise, elle s'écrie («droguée par la religion»): «Dieu, si tu es vivant, change ma vie!» Peu après elle rencontre un «médecin bizarre», un naturopathe. «Il m'a dit: "Arrêtez de vous empoisonner avec vos médicaments et avec votre alimentation." En fait, il m'a tout appris. Nous sommes en 1972. Depuis ce jour je ne me soigne qu'avec la médecine naturelle. Et depuis ce jour un long processus de remise en question de la société s'est mis en marche.»Écritures
Éléonore Visart est l'auteur de plusieurs ouvrages.
En 1989 elle publia Ces chrétiens, ambassadeurs du Christ, une sorte de biographie où elle raconte comment elle s'est «réveillée», un soir, pour entamer sa libération des dogmes qui l'avaient conditionnée pendant la première partie de sa vie.
En 2000, elle publia à compte d'auteur Cette vie que nous assassinons, où elle partage sa rébellion contre tous les conditionnements et violences sociaux et économiques, cherchant à libérer ses concitoyens.
En 2008 elle publie une actualisation de son premier livre: Parcours d'une révolutionnaire – Il est moins une pour l'humanité. «Mon but, écrit-elle, en écrivant ce livre est, je le reconnais, fort ambitieux: réveiller le plus possible de consciences afin de pouvoir résister aux "maitres" du monde et au Nouvel ordre mondial, et soumettre enfin la science à une conscience éveillée. Ceci est d'une extrême urgence, une question de survie pour l'humanité!» Elle travaille sur un deuxième tome.
Une longue transformation en profondeur s'enclenche. Avant tout, fini les hypocrisies à l'égard d'elle-même: elle ne se conformera plus qu'à elle-même. Elle entraînera maris et enfants dans une aventure de vie qui n'est pas près de se terminer.
Elle passe aux aliments bio, devient végétalienne en supprimant toute source animale de son alimentation et ne se soigne que par une médecine naturelle. «Les ennuis ont commencé lorsque j'ai refusé que l'on fasse la "cuti" aux enfants à l'école. J'ai reçu une lettre m'informant que dans ce cas mes enfants seraient refusés "dans toutes les écoles du royaume". Alors que les enfants ne pouvaient plus fréquenter l'école, on a eu la police à la maison parce qu'on ne respectait pas l'obligation scolaire. Finalement on a accepté que le test pour les anticorps de la tuberculose soit fait par prise de sang. Plus tard nous avons pu "scolariser" nos enfants à la maison.»
Suit alors un combat contre... les distributeurs de Coca-Cola à l'école. Combat fondateur et annonciateur de luttes à venir: contre les pesticides, contre les insecticides, pour une agriculture biologique, pour le végétarisme, contre le nucléaire, contre les dogmes... «Et je boycotte toutes les multinationales.»
Autarcie
Commence aussi un grand combat contre la médecine et pour le respect absolu de la vie, donc pour les droits et l'amour des animaux. Dans ce domaine elle ne laisse rien échapper à ses condamnations: les pratiques des abattoirs, la chasse, la corrida, les courses de lévriers, toutes les pratiques liées à l'utilisation «scientifique» des animaux, comme la vivisection qui, dit-elle, est «hautement immorale... c'est la honte de notre société».
Son mari ayant perdu son emploi, la famille déménage dans une vieille ferme délabrée et humide de la province du Hainaut. C'est là qu'une nouvelle vie commence – et, de l'habitat aux amis, tout était à refaire. «On a fabriqué notre pain et cultivé nos légumes – qu'on a vendus pour un salaire modeste. Nous vivions plus ou moins en autarcie. On avait quelques moutons grâce auxquels j'ai pu nous faire des vêtements. À l'époque nous étions assez mal vus par le voisinage, et pour cause: nous n'allions pas à la messe, nous étions végétaliens et les enfants n'allaient pas à l'école.»
Alors que les enfants grandissent, Éléonore Visart ressent un désir persistant d'élever un enfant défavorisé. En mai 1985, une petite fille, bébé trisomique abandonné, semble tomber du ciel: Marie est immédiatement adoptée. C'est une autre histoire d'amour et de générosité qui débute. «Aujourd'hui, comme elle a plus de vingt et un ans, elle va en institution. Je conduis Marie chaque jour au centre, je lui apporte à manger bio à midi. L'autre jour j'étais aux anges lorsque le directeur m'a dit que la cuisine du centre devrait aussi passer au bio. »
Compromis
Cette vie à refaire durera dix-huit ans. «J'ai décidé de me séparer de mon mari et je me suis remariée. Un peu plus tard, mon mari a reçu un héritage qui nous permettra d'acquérir, en 1995, un terrain magnifique, vallonné, boisé, avec un ruisseau. Là aussi, on devra se battre car peu après l'acquisition, le terrain était désigné par l'autorité nucléaire belge comme site possible pour le dépôt de déchets nucléaires. Avec l'aide de Greenpeace, nous avons gagné cette bataille.»
Puis, sur l'ancienne fermette, lancement d'un projet d'écoconstruction. «Avec l'aide de Nature & Progrès, nous avons réussi à n'utiliser que des matériaux bio et écologiques, sans PVC: du papier peint au plancher, de la peinture aux boiseries indigènes traités au sel de beurre. Nous n'utilisons que de l'eau de pluie, que nous épurons grâce à un petit système de lagunage, et nous avons un chauffe-eau solaire. Le jardin est sans produits chimiques et, comme les travaux du potager me prennent trop de temps, je m'approvisionne en produits frais chez le maraîcher bio du coin, qui est un ami. Même les graines de tournesol que je donne aux oiseaux proviennent de l'agriculture bio de la région. Nous avons deux toilettes sèches qui fonctionnent avec les broyats des plantes qui se trouvent sur la propriété – ces toilettes ne dérangent nullement les invités, qui trouvent cela même amusant!»
www.valeryschollaert.com
Valery, un des fils d'Éléonore Visart, est un amoureux de la nature, des animaux et des oiseaux tout particulièrement. Grâce à l'appui d'une équipe bien étoffée (comprenant sa mère), il tient un site internet intitulé «Le monde de l'ornithologie». Superbe site, s'il en est. Quadrilingue (français, anglais, espagnol et portugais), il est encyclopédique en ce qui concerne les oiseaux. Présentant soit des pages locales, soit des liens vers d'autres sites bien informés, il couvre tout ce qui se sait, de l'identification des oiseaux à la structure des plumes, de la taxonomie aux jeux, des réflexions et conseils à la photographie optique.
Il comporte aussi un ensemble de forums et de listes de discussion à travers le monde: vous cliquez sur une région de la planisphère et vous voilà sur une page reprenant non seulement les forums de cet endroit mais aussi des références bibliographiques pertinentes.
Enfin, la partie «voyages» vous informe sur les destinations des stages... de la Bretagne à la Tanzanie.
Tout n'est pas parfaitement écologique. «Il faut parfois faire des compromis. Par exemple pour le chauffage, au bois et au mazout et pour les déplacements où une voiture est indispensable ici. Nous avons une Toyota Prius hybride, sachant que les batteries et les métaux lourds qu'elle contient posent aussi de gros problèmes à l'environnement. Quand je peux, je me déplace en train. C'est un peu le prix à payer si on veut rester quelque peu dans la société. Ce serait facile de se passer de tels compromis si on vivait dans un éco-village. Peut-être cela se fera un jour.»
Quant aux enfants... «Ils ont grandi, bien sûr, mais ils sont tous écolos et bio, et ils se battent pour la nature. John, qui travaille aux États-Unis, est sans doute le plus "conformiste", mais il mange bio! À l'autre extrême, j'ai un fils amoureux des animaux comme moi.»
Pendant cette vie maintes fois remise sur le métier, Éléonore Visart qui, rappelons-le, n'a pas terminé ses secondaires, a été aussi gagnée par la passion de l'écriture (voir encadré ci-dessous à gauche).
Comme c'est souvent le cas, l'éveil écologique et éthique est allé de pair avec une évolution spirituelle. «Je suis passée de l'Église catholique à la protestante, au Nouvel Âge, et j'en passe. Depuis que je suis libérée des religions, j'ai eu des signes qui ont duré des années. Je "pré-voyais" tout dans ma tête. Pour moi, je n'ai aucun doute, il y a quelque chose. Quelque chose qui me dépasse, comme derrière un rideau, et que je ne connais pas.»
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Digg

Devenons des citoyens responsables et contribuons ainsi à un monde meilleur. Loin des utopies, loin des beaux discours, par une attitude pratique et journalière de responsabilité face à nos actes, nos choix individuels.
Je suis entièrement en accord avec vous et je souhaite que beaucoup de personnes puissent le lire pour prendre conscience de toute cette horreur qui se passe sous prétexte de religion, de traditions, de santé et autres !!
Merci pour votre dévouement, merci pour la faune et la flore !!
Souvent je me demande où vous trouvez cette force pour mener votre combat depuis toutes ces années...
J'essaie moi aussi de faire évoluer les mentalités et changer les habitudes et espère qu'un jour nos démarches aboutiront!!!
Nous nous devons tous et toutes de prendre soin de notre Planète et de tout ce qui nous entoure...
Bravo pour votre combat Eléonore!!!
Bisous, Valérie
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