Faire oublier 2008
Si 2008 a été une année «difficile», 2009 a vu un renversement de tendance et 2010 s'annonce bien. Pour peu que l'on s'y prépare.
Marc Fassone
Si on en croit les chiffres avancés par l'ALFI, et recoupés par l'EFAMA (l'association représentative de l'industrie européenne des fonds d'investissements), le Luxembourg comptait au 31 décembre 2009 pour EUR 1.841 milliards sous gestion.
Soit une progression de 18% sur l'année, ce qui représente 281 milliards.
Si 2008 avait vu un recul de 25% des actifs sous gestion, soit 500 milliards, 50% de cette baisse ont donc été rattrapés cette année.
De quoi renforcer la position de la Place, qui, déjà, au 30 septembre dernier, avec 1,529 milliards d'actifs, était numéro deux au monde derrière les États–Unis (EUR 7.398 milliards d'actifs sous gestion) et numéro un en Europe devant la France.
En 2008, 85% des 500 milliards d'actifs perdus l'avaient été pour cause d'effet de marché. La décollecte n'avait touché que 15% des actifs.
En 2009, la progression enregistrée de 281 milliards est due à hauteur de 85 milliards à des souscriptions nettes. Presque la moitié des souscriptions nettes enregistrées en Europe – 172 milliards – l'ont été dans des fonds luxembourgeois, insiste l'ALFI.
Une preuve, s'il en fallait une, que le Luxembourg est et reste un endroit de choix pour les investisseurs, qui n'ont pas déserté notre juridiction, selon Claude Kremer, le président de l'ALFI.
Et ce malgré la crise et l'affaire Madoff.
Un satisfecit qui ne masque cependant pas l'embarras à l'évocation du nom de Madoff.
Certes, cette affaire est liée à une vaste fraude qui est allée au-delà de la Place. Mais l'ALFI reconnaît, via Camille Thommes, son directeur général, que cela a pu ébranler la confiance des investisseurs dans un produit connu.
Et il insiste sur la nécessité d'harmoniser, au niveau international, les rôles et les responsabilités de certains acteurs, notamment les banques dépositaires. Histoire de rétablir la confiance.
Pour ce qui est du cas LuxAlpha, c'est au tribunal de vérifier si l'un ou l'autre acteur a correctement rempli ses devoirs et obligations.
Et même s'il dit être conscient que la longueur probable de la procédure est dommageable pour les investisseurs, il faut laisser les tribunaux travailler, ajoute-t–il. Au tribunaux, donc, de trancher la question qui fait peur à beaucoup de professionnels sur la portée de l'obligation d'une banque dépositaire victime d'une fraude. Est–ce une obligation de moyens ou bien une obligation de résultat, la banque dépositaire devant, dans ce dernier cas, restituer les sommes détournées?
Soutien des professionnels
L'ALFI reste cependant consciente des dégâts causés dans l'opinion publique en général, et auprès des petits épargnants en particulier.
Afin de combler le fossé pouvant exister entre ce que pense un promoteur et ce que comprend un investisseur, l'ALFI veut faire œuvre de pédagogie et lancera fin mars, en même temps que sa conférence de printemps, un site dédié à la formation des investisseurs.
Mais quand on parle de perte de confiance, il faut nuancer. Pour les professionnels, la Place continue à être attractive et son image n'a pas souffert du cas Madoff.
Peuvent en témoigner le nombre de créations d'OPC et l'intérêt manifesté par les gestionnaires espagnols et italiens demandeurs de véhicules luxembourgeois. De même, en Asie, les produits siglés made in Luxembourg restent très cotés. Une cote de confiance que l'ALFI souhaite capitaliser à plusieurs niveaux. Tout d'abord en promouvant des produits de niches adaptés aux besoins des investisseurs.
Et Claude Kremer de citer les fonds islamiques, les fonds socialement responsables et les fonds de microfinance. Nous devons rester un laboratoire d'innovation, insiste t–il.
L'ALFI souhaite également, en participant activement à l'élaboration des cadres juridiques, tirer parti des nouvelles réglementations comme Ucits IV et, surtout, la directive AIFM qui va toucher les gestionnaires de fonds alternatifs et, par ricochet, leurs produits. Grâce à sa législation sur les FIS (Fonds d'investissements spécialisés), la Place a déjà une longueur d'avance et peut espérer bénéficier de la tendance actuelle d'«onshoring».
Les investisseurs veulent désormais des produits réglementés. Or, au Luxembourg, tous les produits, même les hedge funds, sont soumis à supervision. Certaines îles exotiques risquent de voir leurs parts de marché diminuer, prophétise l'ALFI.
Le Luxembourg synonyme de régulation renforcée, un paradoxe qui n'étonnera que les ignorants.
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