«Il faut remplacer les grands banquiers!»
«La fin de la crise? On a touché le fond mais ça ne redémarrera pas avant sept ou huit ans. Peut-être plus tard encore car les décisions prises ne vont pas dans la bonne direction» explique James K. Galbraith, invité à s'exprimer sur l'actualité économique et financière par la BGL. / Fabrice Barbian
Le plan Timothy Geithner que l'économiste James K. Galbraith qualifie volontiers d'extrêmement dangereux incarne cette sortie de crise mal emmanchée.
Ce plan vise à soutenir et relancer la machine financière et les banques à coup de millions de dollars alors que l'on ne sait même pas estimer le montant des produits toxiques ou des fraudes. C'est un système permissif, piloté par des grands banquiers qu'il convient désormais de remplacer par des hommes et des femmes tout aussi compétents mais qui ont une réelle vision à long terme et qui ne misent pas uniquement sur la spéculation, assène le célèbre économiste.
Quid dès lors de la sacro-sainte autorégulation censée assainir le système? No comment!, sourit l'expert.
Relancer la consommation
La priorité pour James K. Galbraith est de s'adresser en priorité aux ménages et aux consommateurs afin de leur donner à nouveau les moyens de consommer et le désir d'emprunter. Et cela quitte à creuser plus activement les déficits.
La priorité en la matière est de diminuer les impôts sur le revenu et d'augmenter les prestations sociales. Il faut également soutenir l'emploi. Or, le programme américain d'expansion décidé en janvier dernier, n'est pas pour l'heure suivi des faits. Je reviens de Californie, rien n'a démarré regrette l'expert égratignant au passage l'équipe de Barack Obama dont il a été un conseiller durant la campagne présidentielle. Il est certainement le meilleur président que l'on puisse avoir mais il doit composer sur le plan politique avec une administration qui veut renouer avec les années de prospérité des années 90. Un retour en arrière.
Les idées sont très conventionnelles, on est loin de l'innovation dont a su faire preuve Roosevelt, par exemple (ndlr: John Kenneth Galbraith, père de James et également économiste, a travaillé avec Roosevelt), explique M. Galbraith. Roosevelt qui déploya en son temps des moyens colossaux, autrement plus importants, comparativement, que le plan de relance 2009 (800 milliards de dollars), pour financer de grands chantiers: création hôpitaux, routes, aéroports…
La guerre pacifique
Puisant dans les leçons de l'histoire, le professeur Galbraith rappelle également qu'il aura fallu attendre la Seconde Guerre mondiale pour que les ménages américains renouent avec la richesse et que prenne fin la crise des années 30.
Et c'est dans une autre guerre, longue et pacifique cette fois, qu'il nous invite à nous engager pour sortir de l'ornière.
L'énergie et l'environnement, voilà les domaines dans lesquels il faut absolument investir massivement et sur le long terme. Aux USA, la technologie en matière énergétique date des années 40.
Si l'on n'intervient pas sur cette dépendance au pétrole, il est impossible d'envisager une croissance à long terme car il y aura inévitablement une rupture. Quant à l'environnement, il faut tout changer sinon on va détruire la planète. Rien de moins, rappelle l'économiste.
Ses appels à la réforme du système financier comme ses préconisations pour sortir de la crise, James K. Galbraith les partage volontiers via des livres, des articles ou bien encore des conférences.Le grand public est généralement très attentif. Il m'écoute. Du côté des politiques et des financiers, c'est plus difficile mais ça progresse. Il devient possible de parler de tout cela.
Une once d'optimisme…
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