Du visage à la scène
La chorégraphe Emilie Gallier, en résidence à Luxembourg dans le cadre des Pépinières européennes, travaille sur les habitants du quartier de la gare pour son projet «Faces». Elle entend transformer les expressions d'un visage en un vocabulaire chorégraphique et, par là, explorer un quartier et ses habitants. / France Clarinval
Pour Salvador Dali, le centre du monde était la gare de Perpignan… La gare de Luxembourg ne peut sans doute pas se flatter d'un tel titre mais elle est le centre névralgique d'où arrivent et partent chaque jour des milliers de frontaliers. Berceau d'un monde d'hommes pressés, lieu de passage, où l'on ne s'arrête que trop peu. Nuits agitées et population marginalisée ne lui ont pas toujours donné bonne réputation.
C'est pour mieux appréhender le quartier où il est installé que le TROIS C-L a proposé ce thème aux chorégraphes postulant pour les Pépinières européennes. Le projet de la Française Émilie Gallier a emporté le morceau grâce à son originalité et à la volonté profonde d'aller à la rencontre des habitants et de leur environnement.
Corps de traits
«"Faces" est un projet de recherche et de création chorégraphique articulé autour de trois éléments de réflexion: les visages des gens, leur corps dans son espace environnant et leur identité à travers leurs rêves», explique la jeune chorégraphe, qui a beaucoup travaillé en amont du projet.
Avec le vidéaste Matthieu Chevallier et avec les deux danseuses qu'elle a sélectionnées (Christelle Dronne et Jeanna Serikbaeyeva-Laroche), elle est allée rencontrer quelques personnes, en quête de témoignages, de mémoires et de rêves: un coiffeur africain, un retraité de la pharmacie, un SDF, une étudiante, un membre de TROIS C-L et un jeune journaliste.
Les filmant d'abord dans l'espace qu'ils ont choisi, il s'agit d'entrevoir leurs trajectoires et leurs déplacements pour «pouvoir transposer ces lieux sur la scène». Émilie Gallier et ses danseuses ont aussi apporté divers stimulants des cinq sens pour expérimenter les lieux, «les mesurer». Enfin, les témoins ont été invités en studio et filmés en très gros plan lors d'interviews évoquant leur vie et leurs rêves.
Ce travail préparatoire (qui sera montré en même temps que le spectacle) est terminé et la phase chorégraphique va pouvoir commencer.
C'est en se nourrissant de la réalité qu'Émilie Gallier va proposer un langage sur mesure. En fonction des traits et des mouvements sur les visages, elle crée un lexique chorégraphique, grâce au système de notation Laban – utilisé pour retranscrire le mouvement à la manière d'une partition musicale. Ensuite, la partition pourra être écrite et interprétée dans une chorégraphie évoluant en direct au gré des images, des visages et des sons.
Le spectateur ne contemple qu'un visage à la fois, qu'une danse: «"Faces" prend la forme d'un solo. Sans jamais cohabiter sur scène, les deux danseuses sont au service d'une même partition. Elles interprètent un même corps», détaille encore la chorégraphe qui n'a pas encore déterminé son choix musical. «Sans doute quelque chose de végétal, comme Sigur Ross ou Matmos mais avec des extraits d'interviews et des sons de la ville», dit-elle.
Présentation du spectacle le 11 septembre à 20.00h au TROIS C-L (21a, rue de Strasbourg à Luxembourg), tél.: 40.45.69.
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